OBAMA : contradictions,

 (faux) espoirs et rappel du réel

  

Une fausse démocratie !

Aux Etats-Unis, près de 40 millions d’individus vivent en dessous du seuil de pauvreté, chiffre augmentant chaque année. En outre, le centre de l’american way of life, où un citoyen sur 99 est emprisonné, se situe au 37ème rang mondial concernant le système sanitaire et au 49ème sous le rapport de l’alphabétisation : par exemple, il est classé au 41ème rang mondial selon le taux de mortalité infantile, et détient, selon l’enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes, le record du nombre de personnes ayant bénéficié de moins de neuf ans de scolarité en Occident. La sécurité sociale est absente aux Etats-Unis - absence provoquant au moins 18 000 décès chaque année -. L’«Amérique» c’est aussi, comme récemment par exemple, l’expulsion de centaines de milliers de familles surendettées. C’est là quelques aspects du versant « social » de cette « grande démocratie ». Enfin, pour illustrer le caractère de classe de la « démocratie » états-unienne, on pourrait rappeler que les droits civiques ont été retirés, tout récemment, aux familles du Michigan, victimes de la crise des subprimes, qui n’ont pas été en mesure de payer les traites de leurs emprunts et dont on a confisqué la maison. A n’en pas douter, pour les capitalistes, les Etats-Unis sont une grande démocratie, mais pour les marxistes-léninistes, ils sont bien une dictature pour les exploités et opprimés !

 Obama vainqueur : une formidable  ambiguïté 

La victoire d’Obama mérite une analyse approfondie des potentialités ouvertes, des contradictions et de la nature de classe de la politique préconisée par le candidat démocrate. La forme politique de « démocratie représentative » (en réalité de dictature des monopoles) aux Etats-Unis, s’est bâtie sur la ségrégation, la discrimination et l’exclusion des minorités nationales : Afro-américains, Indiens, « Chicanos » (mais pas l’émigration cubaine contre-révolutionnaire). Dans ce pays, facilement exportateur de la « démocratie » par la guerre, la révolution bourgeoise est restée inachevée, puisque des millions d’Américains, jugés de citoyenneté inférieure, ont été privés des droits démocratiques bourgeois, même formels. L’Internationale communiste faisait de la résolution de la question des Noirs américains, l’axe central pour conquérir la démocratie et la perspective révolutionnaire. La voie réformiste d’intégration (Martin Luther King), aussi bien que la voie violente et armée pour l’autodétermination du peuple afro-américain (Black Panthers) ont subi l’écrasement, victimes de la ségrégation raciale et de classe et de la répression policière. Dans l’histoire, il se produit qu’un parti, un leader, une campagne soient amenés à susciter l’engouement, l’espoir dépassant ainsi leur cadre initial de simple défenseur du système. Dans ces cas, les forces vainqueurs sont en partie prisonnières de l’adhésion suscitée. La campagne d’Obama a su mobiliser des jeunes, des Afro-américains, des pacifistes, des victimes du capitalisme néolibéral, qui ne se sont pas arrêtés au programme de leur candidat, mais ont vu en lui un instrument de leur revanche sur des siècles d’oppression et de négation de leurs droits sociaux et politiques, malgré et au-delà précisément du caractère bourgeois de son programme. Les électeurs populaires d’Obama ont utilisé leur bulletin de vote pour infliger une défaite à la politique colonialiste intérieure, raciste et ségrégative. En cela, cette victoire présente au moins un double aspect antagonique : Obama a le soutien des multinationales qui lui ont accordé le leadership pour sortir le capitalisme US de sa crise profonde, de sa tendance au déclin, en présentant au monde un visage de l’impérialisme américain infiniment plus avenant et moderne que celui de l’administration Bush, mais tout aussi dangereux et prévaricateur. En effet, les hommes font l’histoire, mais à partir de positions de classe, et Obama a reçu mandat et directives du capital monopoliste, pour consolider et renforcer le régime d’exploitation du salariat. Cependant, son électorat a aussi sanctionné la politique de Bush avec ses guerres impérialistes contre l’Irak et l’Afghanistan, sa politique de la canonnière contre l’Iran, Cuba, la Corée populaire, le camp de concentration de Guantanamo, les violations des libertés fondamentales et du secret de la correspondance sous couvert de lutte contre le terrorisme. Une grande partie des travailleurs américains a rejeté le néolibéralisme de l’oligarchie financière, caractérisé entre autres par le transfert des revenus populaires dans la poche des capitalistes, dans la liquidation du système de santé et d’éducation aux conséquences dramatiques. Il s’agit donc, pour ces électeurs, de sanctionner des aspects du capitalisme, mais pas encore le système lui-même. Obama a engendré de grands espoirs qu’il ne pourra satisfaire, en raison du fait que les monopoles le soutiennent comme la corde soutient le pendu. Sa victoire a éveillé à la vie politique des millions d’opprimés qui veulent l’égalité des droits, une politique de paix. Un vaste espace de luttes s’est ouvert en partie grâce et malgré Obama, ces forces qui ont fait preuve d’enthousiasme, de capacités de mobilisation, d’illusions aussi, ne se laisseront pas confisquer facilement la parole conquise. Nous allons vers une période d’aiguisement des luttes de classes dans la citadelle de l’impérialisme. Affrontement qui opposera la politique réelle d’Obama et des monopoles, antipopulaire et impérialiste, aux espoirs engendrés par sa victoire (il est déjà significatif que le premier choix du vainqueur, pour désigner son directeur de cabinet, soit de se porter sur un homme qui s’est engagé dans l’armée israélienne). Les victimes de la crise risquent de refuser désormais d’être ses payeurs ! Dans l’affrontement entre Obama et Mc Cain, ce sont deux stratégies qui s’affrontent, et non deux politiques fondamentalement différentes. Mc Cain  représente une conception néoconservatrice dans la continuation de la politique de guerre ouverte de Bush. Obama est, quant à lui, partisan d’une stratégie néoconservatrice dite de soft power consistant, si l’on devait condenser son principe en une phrase, à privilégier une conception impérialiste moins coûteuse, faite essentiellement de déstabilisations secrètes et de coups d’Etats manigancés par les services de renseignements. C’est là, semble-t-il, le choix du capitalisme américain pour les années à venir. Une telle tactique, portée par un tel candidat, présente plusieurs avantages, à l’heure où la politique terroriste planétaire des Américains suscite une haine de plus en plus virulente : en un mot, l’oligarchie blanche souhaite laisser les futures mesures anti-sociales imposées par la crise à un Noir, et donner une apparence moins violente à son impérialisme. Mais « sans destruction de l’impérialisme » (Staline), sa base matérielle faite d’exploitation de classe, d’oppression nationale et de guerres engendrera la même politique, si les peuples-travailleurs ne prennent pas en main leurs destinées, refusant tout homme providentiel ! Un seul homme, si charismatique soit-il, ne peut produire un tel changement. Seul un puissant mouvement de classe en est capable.

 

 

 
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