Saluons la victoire du « NON » irlandais
Contre l’UE une seule solution : le retrait de l’UE !
Quand les peuples sont consultés, la politique de l’UE est rejetée !
Les NON des travailleurs français et néerlandais au Traité constitutionnel européen avaient constitué un fort désaveu, une défaite majeure pour la bourgeoisie monopoliste de ces pays et pour les multinationales d’Europe.
Le NON avait le mérite de démontrer le caractère de classe de l’union européenne (UE) au service du capital financier. Le besoin du capital financier de créer un consensus sur la construction européenne dans les couches populaires, après le rejet du Traité Constitutionnel Européen (TCE), alors que la politique inhérente à ce Traité était appliquée avant et l’est toujours, a conduit la Commission européenne à proposer une nouvelle mouture de ce Traité.
L’impérialisme français, par l’action de Sarkozy, a joué un rôle moteur dans l’élaboration du Traité de Lisbonne, Traité qui reprend l’ensemble du TCE en le rendant encore plus illisible (plus de 500 pages avec les annexes !).
Ce Traité rend obligatoire une politique néo-libérale dans tous les pays et présente un caractère anti-social, antipopulaire affirmé, visant à faire avaliser une politique de surexploitation de la classe ouvrière, de paupérisation de l’ensemble du monde du travail, de déréglementation générale.
Sarkozy s’est battu, échaudé après la défaite du capital, lors du référendum de 2005 pour que les Etats ratifient ce Traité par la voie parlementaire.
En effet, en France, 90 % des élus au Parlement ont fait campagne pour le OUI en 2005, UMP, PS, UDF sont des partis-relais des intérêts de l’UE impérialiste.
La ratification par la voie parlementaire était le gage du succès assuré pour la bourgeoisie française … véritable putsch institutionnel qui a nié la victoire du NON au référendum. Telle est la « démocratie » capitaliste !
Constitutionnellement, l’Irlande était obligée de recourir au référendum pour faire ratifier le Traité de Lisbonne. Une fois de plus, la preuve est faite que lorsque les peuples sont consultés démocratiquement, la politique de l’Union européenne (UE) est rejetée.
Nous saluons la victoire du peuple-travailleur d’Irlande dont le NON de classe s’inscrit dans les traditions révolutionnaires de James Connoly (révolutionnaire irlandais, un des dirigeants de l’insurrection de Pâques 1916 à Dublin). Au-delà de l’Irlande, c’est une victoire des ouvriers et des travailleurs de toute l’Europe.
Toutefois, l’URCF appelle à la vigilance démocratique, à la lucidité révolutionnaire. Sinon, nous sèmerons des illusions et désarmerons le combat continu contre l’UE, cette « entente de bandits impérialistes » - (Lénine sur les « Etats-Unis d’Europe »).
Quelle est la portée des NON irlandais, français, néerlandais ?
Nous parlons de victoire, mais de victoire dans une bataille car les travailleurs d’Irlande, de France et des Pays-Bas ont réussi par le NON majoritaire à délégitimer l’UE aux ordres des multinationales et des Etats impérialistes.
L’expérience montre que cela a aggravé les contradictions inter-impérialistes au sein de l’UE, et affaibli la classe capitaliste, mais que cette dernière, gardant le pouvoir, peut poursuivre cette même politique néo-libérale du capital pourtant condamnée démocratiquement par les peuples.
« Normalement », on pourrait penser, si la démocratie n’avait pas un contenu de classe, que le respect du suffrage universel s’impose et qu’ainsi le NON irlandais va se traduire par le rejet du Traité de Lisbonne.
La démocratie pure n’existe pas. Sous le capitalisme, elle est au service de l’oligarchie financière qui a imposé partout des constitutions autoritaires où se succèdent au pouvoir des coalitions libérales ou social-libérales, sans danger pour la domination capitaliste.
Le bulletin de vote est l’expression du mécontentement et de la résistance, un instrument de délégitimation du pouvoir du capital, mais reste insuffisant pour imposer une politique de progrès social satisfaisant les besoins des travailleurs. Le primat pour satisfaire les revendications immédiates et futures doit aller aux luttes de classes.
L’UE a maintes fois prouvé que le contenu de sa politique ainsi que ses structures de direction étaient antidémocratiques. Conçue par le capital pour le capital, l’UE est l’expression de la dictature des monopoles internationaux (multinationales).
L’URCF appelle chacun à ne pas se leurrer sur le « démocratisme » de la bourgeoisie. Le NON irlandais, pas plus que les précédents, ne sera respecté. Déjà, le 21 février, 499 députés européens sur 628 (y compris, bien sûr, ceux du PS et des Verts) avaient voté contre l’amendement de la Gauche Unitaire demandant que le Parlement européen « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais ».
L’UE ne peut survivre sans violation constante des souverainetés populaires. C’est le reflet du fait que la Commission de Bruxelles de l’UE tout entière est au service uniquement des intérêts d’une minorité, l’oligarchie financière, et aggrave les conditions de vie de l’immense majorité des forces du travail : ouvriers, paysans, intellectuels, artisans et commerçants, couches moyennes urbaines. C’est une question liée à la domination de classe des monopoles dans les Etats capitalistes de l’UE, nullement à la seule composition de cette commission.
D’ores et déjà, la haute bureaucratie eurocratique n’hésite que sur une seule chose : comment violer la souveraineté du peuple irlandais, comment faire adopter coûte que coûte sa politique ?
Certains prônent la « poursuite du processus de ratification » ; tant pis pour l’Irlande ! D’autres comme Barroso, évoquent déjà une nouvelle consultation en Irlande comme ce fut le cas au Danemark dans le passé !
En effet, dans l’UE prétendument démocratique, si les électeurs votent OUI, on ne vote qu’une fois, mais s’ils votent NON, on recommence … jusqu’à ce que le OUI l’emporte par un moyen ou par un autre.
C’est ce qui s’est produit en France. Les partis des monopoles, UMP, UDF, MODEM, PS, se sont coalisés pour éviter la consultation référendaire sur le traité de Lisbonne, pour éviter la catastrophe, pour les tenants de l’UE, qu’a constituée la victoire du NON en 2005. De même, il faut refuser d’écouter les sirènes des partis opportunistes-réformistes (PCF, LCR) qui parlent d’une « autre Europe à construire » en évoquant la démocratisation de l’UE !!!
Il faut rejeter toute illusion provenant des « Euro-constructifs » et dénoncer le caractère anti-démocratique, dictatorial de l’UE au service des Etats impérialistes et des multinationales ; sinon on ignore et on fait l’impasse sur le contenu de classe monopolistique de l’UE.
Reconnaître cela, ce n’est pas minimiser la formidable victoire du peuple irlandais, mais c’est reconnaître la réalité anti-sociale et anti-démocratique de l’UE.
La défaite des dirigeants de l’UE et de tous les Etats capitalistes est un encouragement à poursuivre la lutte tous azimuts : luttes sociales et grèves éclatent un peu partout pour les revendications urgentes. Les grèves massives pour les hausses de salaire en France, Allemagne, Belgique, Slovénie, Roumanie (où les travailleurs revendiquent face au patronat de Renault !) reflètent le mécontentement et la colère croissants face aux promesses non tenues. (Jacques Delors : « Maastricht nous amènera une ère de prospérité »).
Il faut dénoncer haut et fort la politique capitaliste de l’UE qui organise la déréglementation générale, la destruction des conquêtes sociales obtenues au XXème siècle, le contraire des promesses antérieures et mensongères.
D’ores et déjà, les multinationales et leurs commis de la Commission de Bruxelles annoncent et préparent le passage à une durée maximale du travail hebdomadaire de 60 à 70 heures ! L’âge du départ à la retraite est porté à 65-67 ans. Il s’agit non seulement d’aggravation, mais bien d’un recul de civilisation.
Les dirigeants de l’UE et des Etats membres veulent assurer les profits capitalistes par la surexploitation des classes ouvrières et la paupérisation de la majorité des travailleurs.
Les eurocrates nous ont rebattu les oreilles avec leur propagande, dès l’école primaire, et renforcée plus tard par la puissance des médias, sur la « modernité » de la construction européenne et le caractère pacifique de l’UE.
Quelle « modernité » ? Quand l’UE revient aux 60 heures hebdomadaires de travail … et nous ramène au 19ème siècle, quand les patrons (« buveurs de sang », disaient les ouvriers) imposaient des horaires démentiels, des cadences infernales, au prix de la santé et de la vie des ouvriers !
Quelle paix ? quand l’UE, par la bouche de Jacques Delors, appelait à « se préparer pour les conflits pour la conquête des matières premières » (1992), quand l’appartenance à l’UE se double de l’appartenance à l’OTAN, quand l’UE et l’OTAN agressent au cœur de l’Europe un Etat souverain, la Yougoslavie, organisent son démantèlement en micro-Etats, quand la Serbie se voit dépecer du Kosovo, Etat semi-colonisé et base militaire d’agression de l’OTAN ; quand l’UE intervient loin de ses frontières en Afghanistan pour participer au contrôle des oléoducs et gazoducs, à l’encerclement des Etats capitalistes rivaux comme la Russie, l’Inde, la Chine.
Outre la bataille de classe syndicale et revendicative dans chaque pays, il faut impulser la coordination des luttes à l’échelle de toute l’Europe, en appuyant et soutenant chaque grève dans chaque pays, en diffusant les analyses du Bureau européen de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) et en dénonçant la force de soutien et d’accompagnement social de l’UE que constitue la bureaucratie syndicale de la CES. Il faut construire l’Internationale des luttes en Europe, œuvrer à ce que les travailleurs d’Europe se dotent, à l’échelle du continent, d’une plate-forme revendicative qui nivellerait par le haut les conditions de vie et de travail.
Cette bataille doit revêtir aussi un contenu politique sur le terrain des aspirations démocratiques, en dénonçant le caractère tronqué de classe de la « démocratie » dans l’UE, en dénonçant chaque violation de la souveraineté populaire, de la France à l’Irlande, en passant par les Pays-Bas, en dénonçant la trahison des souverainetés nationales de chaque pays et notamment ce droit inaliénable reconnu par les révolutionnaires de 1789-93, le droit pour chaque peuple à suivre sa propre voie de développement.
Enfin, le combat contre la politique de l’UE ne peut s’en tenir à la seule résistance, au seul refus encore moins au soutien, à la passivité ou à l’euro-constructivisme.
L’ensemble des batailles sociales et démocratiques doit converger sur une exigence à faire grandir la revendication anti-impérialiste de haute portée, celle du retrait de la France de l’UE, celle de la destruction de ce cartel européen du Capital financier.
La France à la présidence de « l’Europe » : redoublons les actions contre le pouvoir et l’UE !
En France, depuis des mois, le mécontentement grandit et s’accumule contre la politique réactionnaire et rétrograde de Sarkozy, qui a aggravé, dans tous les domaines, la vie quotidienne mais aussi future des Français.
Les travailleurs se heurtent à un double obstacle : d’abord celui du pouvoir en place, mais aussi le cours donné aux luttes par les bureaucraties syndicales. Les directions des centrales poursuivent une stratégie visant à ménager le pouvoir et à aménager le néo-libéralisme. Alors que l’attaque conduite par le patronat et l’Etat est globale, les directions bureaucratiques syndicales refusent toute globalisation des luttes, le « Tous ensemble et en même temps ! ».
Précisément, le caractère bureaucratique de ces directions saute aux yeux, quand leur protestation porte plus sur « l’absence de concertation (réelle) du gouvernement » que sur le contenu antisocial, destructeur, d’aggravation généralisée des contre-réformes de Sarkozy-Fillon.
Comment comprendre autrement la recherche, par la CFDT et la CGT, d’accords avec le MEDEF sur le « partenariat social », la « reconnaissance de la représentativité » ?
La représentativité se forge dans la défense quotidienne des intérêts des salariés, dans le soutien, la coordination, la direction des luttes, dans la construction unitaire à la base du Tous ensemble, dans la grève générale contre l’ensemble des contre-réformes. Elle ne peut s’obtenir avec l’aval de Mme Parisot !
Il faut donc que les travailleurs lèvent la contradiction entre la base CGT restée combative et une direction ayant « perdu » tout repère et toute analyse de classe. Cela passe par la solidarité financière et politique aux luttes, par leur popularisation, par la construction du rassemblement autour des intérêts communs dans une stratégie unitaire de convergence des luttes.
Tout cela exige le regroupement des syndicalistes de luttes de classe à la base, leur coordination. C’est là le premier obstacle à lever pour que la riposte soit efficace contre la politique du Capital et de Sarkozy-Fillon.
La construction d’une stratégie unitaire et globale du combat populaire présente une autre exigence, celle de revendications et de luttes ciblant dans le même mouvement le pouvoir capitaliste en France et dans l’UE.
Les peuples ont raison de rejeter la politique de l’UE, machine de guerre contre les forces du travail, instrument des multinationales pour casser toutes les conquêtes sociales.
L’UE et ses Etats membres forment un mécanisme unique d’exploitation et d’oppression. Superstructure dépourvue de tout contrôle, l’UE peut ainsi imposer la déréglementation générale du temps de travail, la précarité, l’allongement du temps de travail et de carrière. Ensuite, les classes capitalistes dans chaque Etat, face aux ouvriers, paysans, marins-pêcheurs, dockers, enseignants, ne manquent pas de dire « on ne peut rien, ce sont les directives européennes ! ». Le responsable de tous les maux, c’est bien le capitalisme des Etats nationaux comme de l’Union européenne.
La présidence française de l’UE, les 6 prochains mois, doit être l’occasion de lutter à la fois contre l’UE et la bourgeoisie monopoliste française. Le camp du NON doit tirer les leçons des violations répétées du suffrage universel par les dirigeants de l’UE.
S’en tenir aujourd’hui à la « transformation démocratique de l’UE », sur la base des expériences récentes, ne constitue plus seulement une « illusion », mais bien son accompagnement social.
Il faut donc, d’un même mouvement, construire un Front anti-capitaliste dirigé contre le capitalisme dans son pays et contre le bloc des Etats impérialistes d’Europe.
Les communistes ont un rôle pionnier à jouer dans la construction de ce Front et dans la lutte contre l’UE jusqu’au retrait et à la dislocation de cette Sainte-Alliance des classes dominantes monopolistes.
Le 5 mai 2005, cinq organisations communistes menèrent une campagne commune et un meeting pour la victoire du NON (URCF, PRCF, PCOF, Coordination communiste 59/62, CMC), leur apport à la victoire ne saurait être sous-estimé.
L’URCF propose une rencontre de ces cinq organisations et d’autres groupes se réclamant du communisme, afin que s’élabore une politique d’actions communes ciblant la politique du capital en France et en Europe, faisant grandir la seule alternative : le socialisme.
Le NON victorieux dans les urnes doit l’être dans l’action commune pour satisfaire les revendications sociales et démocratiques pour construire une stratégie révolutionnaire anticapitaliste.
URCF. Paris, le 15 juin 2008.